Centre de Sociologie de l'Innovation (CSI)


Le Centre de sociologie de l'innovation (CSI), fondé en 1967, se consacre à l'analyse de l'innovation scientifique, technique et culturelle, en s'appuyant sur la sociologie des sciences, du droit et de la culture. Il s'est d'abord intéressé à la dynamique de la recherche dans l'entreprise, à l'anthropologie des laboratoires, à l'analyse socio-technique de l'innovation et à la scientométrie. Les diverses thématiques se sont structurées dans les années 1980 autour de trois domaines complémentaires, sur lesquels le CSI a acquis une réputation internationale: l'anthropologie des sciences et des techniques, les politiques de recherche et d'innovation (publiques, associatives, privées) et, enfin, la construction des publics, des marchés et des usages. Le CSI compte une vingtaine de personnes au total. Il est actuellement associé au CNRS (UMR 7185). Les contrats de recherche assurent un financement de 300000 euros en moyenne par an, soit environ 30% de ses ressources.

Formation

Les enseignants chercheurs du CSI participent à de nombreuses activités de formation. Dans le cycle Ingénieurs civils de MINES ParisTech, le CSI assure deux enseignements de tronc commun ( Description de controverses et Fabrication de la société moderne ) et cinq enseignements spécialisés ( Dynamique des sciences et des techniques, Management de la recherche et de la technologie, Sociologie des marchés, Publics, marchés, usagers, Health and Medicine in Europe - Social, Political, and Ethical Stakes ) qui permettent, sous des formes pédagogiques variées, de donner aux élèves les outils et la culture de base qui leur permettront de mieux appréhender l'insertion de leurs futures activités dans la société. L'option Innovation et entrepreneuriat, récemment créée, approfondit ces acquis avec une nette dimension managériale en préparant les ingénieurs à la création d'entreprises ou au développement d'activités innovantes au sein de grands groupes. Le CSI participe à la formation Science et entreprise de l'école doctorale du GEM. Les équipes du CSI encadrent également les étudiants du Mastère spécialisé en Ingénierie et gestion de l'environnement de l'ISIGE dans la réalisation d'un travail d'enquête sur les controverses environnementales. Enfin, le CSI anime un séminaire de doctorat et encadre un certain nombre de thèses doctorales (en moyenne, trois thèses soutenues par an).

Les enseignants chercheurs du CSI ont assuré des cours de troisième cycle et autres collaborations pédagogiques dans diverses institutions en France et à l'international (universités, écoles d'ingénieurs, écoles de commerce et institut spécialisés dont, récemment: École des hautes études en sciences sociales, Institut d'études politiques de Paris, Copenhagen Business School , London School of Economics , Harvard University , Goldsmiths College , Collège Universitaire Français de Moscou). Depuis 2004, le CSI participe au développement d'une nouvelle activité de formation continue, en partenariat avec l'ADEMA (Association pour le développement du management associatif): les Unités de formation au management associatif (UMA).

Recherche

Innovation, entrepreneuriat et politiques publiques

Les travaux du CSI se rattachant à cet axe s'inscrivent dans trois thématiques complémentaires: l'analyse des réseaux de relations existant entre les différents acteurs impliqués dans les processus d'innovation (avec une attention toute particulière portée aux zones hybrides entre public et privé), l'analyse des politiques publiques dans le domaine de la recherche (dans le but, notamment, d'affiner les instruments d'analyse et de gestion des politiques publiques) et, enfin, la création d'entreprises innovantes à partir de la recherche (avec une analyse des activités de transfert de technologie dans les institutions d'enseignement supérieur et de recherche).

En 2008, cet axe de recherche s'est développé notamment autour du programme européen REBASPINOFF ( Addressing the Knowledge Gap: Toward a Better Understanding of Research Based Spin-Offs) e t du projet PICO ( Academic Entrepreneurship: From Knowledge Creation to Knowledge Diffusion), sous le pilotage de Philippe Mustar . Le programme de recherche REBASPINOFF, intégré au réseau d'excellence PRIME, vise à améliorer la connaissance des entreprises issues de la recherche ou RBSO ( Research Based Spin-Offs ). Ces entreprises font l'objet d'une attention croissante car leur nombre a considérablement augmenté récemment, leur création est devenue une nouvelle mission pour les organismes de recherche et tout un ensemble de politiques publiques ont été mises en place pour les promouvoir. Le projet européen PICO (STREPS du 6e PCRD) se focalise sur ce phénomène, en insistant sur trois objectifs: analyser les déterminants de la fonction de création et de transformation de connaissances des RBSO, examiner l'impact de l'activité d'innovation des RBSO sur leur compétitivité et leur croissance, et, enfin, étudier l'impact des RBSO sur la capacité d'innovation et la croissance de leurs clients et partenaires. Deux thèses doctorales en cours au CSI sont rattachées à cet axe de recherche ( Liliana Doganova et Marie Renault ). Le CSI a accueilli en 2008, dans le cadre de cet axe de recherche, une chercheuse invité (Chantale Mailhot, HEC Montréal). Un thésard invité a également été accueilli en 2008 (Gregorio González Alcaide, CSIC).

La formation des marchés

La mise en forme des marchés (leur création, leur stabilisation, leur transformation) est le résultat des actions entreprises par une multiplicité d'acteurs aux démarches et intérêts hétérogènes. La sociologie économique, discipline ayant acquis une véritable indépendance théorique et méthodologique, s'attache à rendre compte de ces processus. La perspective développée au CSI, notamment à partir des travaux de Michel Callon , Antoine Hennion , Fabian Muniesa , Madeleine Akrich , Cécile Méadel et Vololona Rabeharisoa , contribue au développement de ce domaine de manière originale. Cette perspective est particulièrement attentive à la variété des acteurs concernés par la formation des marchés, au rôle central des dispositifs techniques et des savoirs scientifiques, puis au processus de qualification des biens et des services. Elle se focalise également sur l'analyse pragmatique des formes d'attachement (écoute, dégustation, etc.) propres aux «amateurs» et sur l'étude des procédures collectives (souvent mises en place par les acteurs professionnels: industriels, distributeurs, etc.) qui visent à déterminer, à assurer ou à prescrire la qualité de tel ou tel objet.

En 2008, les membres du CSI impliqués dans cet axe de recherche ont poursuivi leurs recherches empiriques dans différents terrains de recherche (grande distribution, marché du vin, marché du luxe, marché de l'énergie, marchés financiers, consommation audiovisuelle). Cinq thèses doctorales en cours au CSI sont rattachées à cet axe de recherche (Anne-Sophie Trébuchet-Breitwiller, Francesca Musiani , Clément Combes , en partenariat avec Orange Labs, puis Trine Pallesen , en cotutelle avec la Copenhagen Business School ). Catherine Grandclément a soutenu sa thèse de doctorat sur la vente sans vendeur et les dispositifs d'achalandage en supermarché. Ariane Debourdeau a intégré l'équipe du CSI en 2008 dans le cadre d'un post-doctorat pour y développer les recherches sur la transformation des marchés de l'énergie, notamment à partir d'une enquête sur le secteur de l'énergie solaire photovoltaïque. Ivan Tchalakov ( University of Plovdiv ) a bénéficié en 2008 d'une résidence au CSI dans le cadre du projet européen ATACD ( A Topological Approach to Cultural Dynamics ).


Paris politico-économiques sur les énergies renouvelables

Quelles modalités de prise en compte du solaire dans l'évolution des marchés de l'énergie?
(Image: Info Energie Rhône-Alpes)

Médecine et santé

Les recherches menées sur cet axe au CSI s'organisent autour de trois objectifs principaux: caractériser et analyser le rôle des divers collectifs de patients dans la structuration et l'articulation de différents espaces d'intervention et d'action (espaces scientifique, médical, politique, économique, médiatique, etc.), étudier l'émergence de nouveaux modes de production de connaissances et de pratiques médicales (et la constitution concomitante de nouveaux collectifs engagés dans cette production, tels les associations de malades) et, enfin, comprendre les enjeux normatifs, éthiques, politiques qui caractérisent le domaine de la santé et de la médecine.

Les travaux du CSI sur cet axe en 2008 se sont déployés sur plusieurs projets de recherche. Le projet MAPO, Mapping and Analyzing Patient Organisation Movements on Rare Diseases ( Vololona Rabeharisoa , Michel Callon , Florence Paterson et Frédéric Vergnaud ), visait à poursuivre, sur une large échelle, les recherches précédemment menées sur l'engagement des associations de malades dans la recherche. Il a permis de constituer une base de données de 519 associations de malades qui déclarent un intérêt pour la recherche et de recueillir, par questionnaire, des informations détaillées sur 215 d'entre elles, dont 143 associations «maladies rares» et 72 associations «maladies non rares». Il a également permis au CSI de se doter d'outils et d'enrichir ses compétences dans le domaine de l'analyse des réseaux. Les traitements statistiques des données ont permis de visualiser la dynamique des réseaux associatifs et le rôle structurant des associations «maladies rares» dans ces réseaux. Par ailleurs, dans le prolongement du réseau thématique européen ITEMS dont le CSI a été le coordinateur principal et qui a réuni une vingtaine de centres de recherche en sciences sociales de la médecine et de la santé dans dix pays européens, le CSI a coordonné une action spécifique européenne, MEDUSE, Governance, Health and Medecine: Opening Dialogue between Social Scientists and Users (M adeleine Akrich, Florence Paterson , Vololona Rabeharisoa ), dont l'objectif était d'établir un dialogue entre les chercheurs et les acteurs professionnels, associatifs et politiques sur les grands enjeux du domaine de la médecine et de la santé. Cette action a donné lieu à la publication de deux ouvrages de synthèse aux Presses de M INES ParisTech : Se mobiliser pour la santé: des associations s'expriment (sous la direction de Madeleine Akrich , Cécile Méadel et Vololona Rabeharisoa ) et The Dynamics of patient organizations in Europe (sous la direction de Madeleine Akrich , Joao Nunes, Florence Paterson et Vololona Rabeharisoa ). D'autres recherches dans le domaine de la santé et de la médecine s'ajoutent à cet axe de recherche, notamment à travers la thématique des «humanités altérées» ( Antoine Hennion , Florence Paterson , Catherine Rémy) vers laquelle convergent un ensemble d'enquêtes en cours (psychiatrie, aide à domicile, Alzheimer) et qui s'est nourrie d'un séminaire commun à plusieurs laboratoires de recherche. Croisant ses travaux sur les technologies de l'information, le CSI s'intéresse également à la production d'informations de santé sur internet et a mis la focale, d'une part sur la production profane des patients et, d'autre part, sur les contenus portant sur le cancer et destinés aux malades ( Madeleine Akrich , Cécile Méadel, Catherine Rémy). Enfin, Catherine Rémy développe une recherche sur la production et la régulation des xénogreffes, avec une attention particulière portée aux questions éthiques que soulève cette innovation biomédicale. Deux thèses doctorales en cours au CSI sont rattachées à cet axe ( Franck Guichet , Julien Gauthey ). Christelle Routelous a soutenu sa thèse sur la démocratie sanitaire et les modèles participatifs au sein des pratiques médicales. Une étudiante stagiaire invitée a été accueillie en 2008 (Fabia Schaeufele).

Expérimentations et politique

Tout en s'inscrivant dans la continuité des travaux menés au sein du CSI sur le thème de la démocratie technique et du débat public depuis le milieu des années 1990, cet axe de recherche, piloté par Yannick Barthe , Dominique Linhardt et Michel Callon , correspond à une volonté d'élargir et de transformer le questionnement sur l'action publique au-delà du domaine des politiques scientifiques et technologiques. De la même façon que, dans les années 1980, l'importation au sein des travaux du CSI de concepts relevant de l'analyse du politique (porte-parole, représentation) avait permis d'éclairer sous un jour nouveau la dynamique des sciences et des techniques, la notion d'expérimentation doit permettre de renouveler le regard sur l'État, sur les actions de gouvernement et sur les controverses et conflits qui animent la vie politique.

En 2008, le CSI s'est fortement investi dans la systématisation conceptuelle et la standardisation catégorielle dans le domaine de l'analyse des controverses scientifiques et techniques, notamment avec le développement d'outils spécifiques de cartographie de controverses (sous le pilotage de Dominique Linhardt et de Frédéric Vergnaud ) et la participation au projet DEMOSCIENCE. En 2008 s'est poursuivi également le projet de recherche PRAGMALOLF (Action publique, épreuve comptable et performance: analyse sociologique de la réforme des finances publiques en France), piloté principalement par Dominique Linhardt et Fabian Muniesa , grâce à un financement de l'ANR . Le programme vise à analyser, à travers une série d'études de cas, le processus de réforme engagé par le vote de la Loi organique relative aux lois de finances (LOLF) en 2001 en France. Aussi avec un financement de l'ANR , le projet RETRORISK (L'évaluation rétrospective des risques collectifs: le cas de l'impact sanitaire des essais nucléaires) développé par Yannick Barthe vise à examiner les frontières du politique à partir du cas des vétérans des essais nucléaires et de l'analyse de la «discutabilité politique» rétrospective de ces derniers. Le CSI s'est investi également dans une recherche menée pour l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (AFSSET), pilotée par Yannick Barthe et à laquelle participent Catherine Rémy et Madeleine Akrich . Cette recherche, également pertinente pour l'axe «Médecine et santé» vise, d'une part, à faire la synthèse des travaux portant sur le rôle d'alerte des profanes au sujet des dangers sanitaires environnementaux et, d'autre part, à recenser les cas en France qui illustrent le travail de «signalement» réalisé par les non spécialistes dans ce domaine, en portant une attention plus soutenue à certains d'entre eux, comme les épidémies de «syndromes de bâtiment malsain». Par ailleurs, le CSI a développé des travaux dans nombre d'autres domaines au sein de cet axe: politique nucléaire, débat public en ligne, régulation d'internet (qui fait l'objet d'un contrat avec l'ANR piloté par Cécile Méadel). Cinq thèses doctorales en cours au CSI sont rattachées à cet axe ( Brice Laurent , Julien Gauthey , Francesca Musiani , Nicolas Benvegnu et Benjamin Lemoine ). Par ailleurs, une doctorante invitée ( Katharina Schlierf , Universidad Politécnica de Valencia) a intégré le CSI au sein de cet axe en 2008.

Faits marquants

Le 22 septembre 2008, Bruno Laurioux (à gauche), directeur du département SHS du Centre national de la recherche scientifique, a remis à Michel Callon (à droite) la médaille d'argent du CNRS qui distingue un chercheur pour l'originalité, la qualité et l'importance de ses travaux, reconnus sur le plan national et international. À cette occasion, Michel Callon a prononcé un discours dans lequel il a signalé que cette distinction «s 'adressait en réalité à l'ensemble des chercheurs qui, depuis une trentaine d'années, ont travaillé d'arrachepied pour faire émerger, puis pour faire exister, et enfin pour développer, un domaine de recherche qui était inexistant à la fin des années 1970 ». Il a ainsi salué le courage de cette décision dans la mesure où «il est plus facile en effet de distinguer ceux qui ont été respectueux des orthodoxies que ceux qui ont passé leur temps à ferrailler contre elles». Michel Callon a également fait référence aux conditions qui ont rendu possible le développement en France, et plus particulièrement au CSI, du domaine

novateur des «S cience and Technology Studies», en se référent notamment au soutien des directeurs successifs de l'École: «je suis convaincu que l'École, du fait de sa taille, de sa tradition, de la qualité de ses étudiants et de ses enseignants, de sa position particulière dans l'enseignement supérieur, constitue un lieu privilégié pour le développement de domaines de recherche qui, au moment où ils émergent, ne trouvent pas leur place dans les autres institutions», a-t-il indiqué.

En analysant, dans son discours, les conditions de travail qui favorisent les idées nouvelles et leur transformation en innovations, Michel Callon a évoqué l'importance du temps libre: «je v ais peut-être paraître un peu vieux jeu, et à contre-courant du productivisme actuel, si je vous dis que sans otium il ne peut y avoir de véritable recherche scientifique», a-t-il affirmé. Il a ensuite insisté sur la dimension collective de la recherche: «ni la notion de partenariat, ni celle de coopération n'épuise la richesse de ces collectifs qui traversent les frontières des organisations», «ces collectifs élargis et diversifiés, qui incluent notamment les étudiants que nous formons, mais également les destinataires de nos recherches, sont des lieux d'échanges, de discussion, d'apprentissages croisés, de collaborations renouvelées». Il a défendu, en troisième lieu, la nécessité «d 'entourer les chercheurs de la considération dont ils ont besoin», to ut en ajoutant que « considérer quelqu'un, c'est prendre en compte, et examiner avec attention, ce qu'il fait». Il a ainsi affirmé: « j'ai besoin, nous avons besoin, que l'on nous pose des questions sur ce que nous faisons; que l'on discute avec nous de nos projets; que l'on s'intéresse à nos objets de recherche et à nos résultats».